Les Bienveillantes – Jonathan Littell

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« En fait, j’aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n’est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret ; grâce à Dieu, je n’ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d’écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n’ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j’ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi ; et pour le reste, vers la fin, j’ai sans doute forcé la limite, mais là je n’étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l’air, le manger, le boire et l’excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif. »

Avec cette somme qui s’inscrit aussi bien sous l’égide d’Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l’avait fait : l’épopée d’un être emporté dans la traversée de lui-même et de l’Histoire.

Oui, je sais, j’ai plus de 10 ans de retard. Accordez-moi au moins cela, j’avais seulement 15 ans lors de sa sortie.  Et même aujourd’hui, ce fût une de mes lectures les plus exigeantes. Je m’en doutais bien et c’est certainement pour cela que j’ai attendu aussi longtemps pour le lire. Perché au sommet de la bibliothèque, j’avais l’impression qu’il me narguait. Je tergiversais, j’attendais le bon moment. Il y a deux semaines, je me suis lancée. Et j’ai été complètement aspiré par ce roman. Je commence doucement à m’en remettre.

Tout d’abord, Littell, dans l’éternel débat sur la genèse du génocide juif, se positionne du côté des fonctionnalistes (ou structuralistes). Il dépeint une responsabilité collective liée au mode de fonctionnement de l’IIIe Reich. La lourdeur de la bureaucratie, la corruption et les intérêts personnels, les conflits entre les différentes structures de l’État nous amène à l’horreur que nous connaissons trop bien. Concrètement, cela donne au roman une tournure terrifiante. Je crois qu’il est plus facile d’accepter qu’Hitler était un fou mégalomane qui a entrainé son pays en guerre par sa force de persuasion.  Il m’apparait beaucoup plus effrayant que la société elle-même peut devenir un monstre.

«Mais les hommes ordinaires dont est constitué l’Etat- surtout en des temps instables- voilà le vrai danger. Le vrai danger pour l’homme c’est moi, c’est vous»

S’il n’y a rien, RIEN, pour justifier les horreurs perpétrées, le roman nous aide à comprendre comment les nazis réussissaient à justifier leurs actions. L’auteur nous présente de nombreuses discussions philosophiques, politiques, sociales entre les protagonistes dans lesquelles ils justifient leurs actions avec une facilité désemparant. Et c’est terriblement choquant de voir les arguments fallacieux utilisés.

«Vous devez trouver que je vous entretiens bien froidement de tout cela: c’est simplement afin de vous démontrer que la destruction par nos soins du peuple de Moïse ne procédait pas uniquement d’une haine irrationnelle pour les Juifs – je crois avoir déjà montré à quel point les antisémites du type émotionnel étaient mal vu au SD et à la SS en général – mais surtout d’une acceptation ferme et raisonnée du recours à la violence pour la résolution des problèmes sociaux les plus variés, ce en quoi, d’ailleurs, nous ne différions des bolcheviques que par nos appréciations respectives des catégories de problèmes à résoudre: leur approche étant fondée sur une grille de lecture horizontale (les classes), la nôtre, verticale (les races), mais toutes deux également déterministes (je crois l’avoir déjà souligné) et parvenant à des conclusions similaires en termes de remède à employer.»

Je crois que l’auteur cherche à nous choquer et j’ai lu de nombreuses critiques qui le lui reprochaient. Mais, en fait, toutes ses choses horribles se sont réellement produites. J’ai personnellement eu plus de mal à lire ce genre de conversations que les passages où l’auteur décrit froidement les exécutions. Ce n’est pas pour rien que j’ai prit deux semaines à lire ce livre (une éternité pour moi), le Mal, ça se consomme à petites doses.

Notre Maximilien Aue, un des personnages les moins attachants que j’ai rencontrés au fil de mes lectures, est présent à de nombreux événements marquants de la Seconde Guerre mondiale. Du massacre de Babi Yar au bombardement de Berlin, en passant par  Stalingrad, Auschwitz et les marches de la mort, notre protagoniste principal est partout et il rencontre tout le monde (Eichmann, Himmler et même le Führer). Cela nous semble parfois invraisemblable mais ça nous permet une véritable immersion dans cette période historique et c’est la grande force du roman. Lire un roman historique c’est nécessairement connaitre la conclusion de l’histoire, mais l’auteur arrive tout de même à nous surprendre en tordant à quelques reprises les faits.

Comme beaucoup avant moi l’ont dit, le livre est trop long. Je comprends que notre Dr Aue est un être torturé et je n’ai pas besoin de dizaines de pages de fabulations pour étayer ce point. C’est mon principal reproche. J’ai aussi trouvé difficile de m’y retrouver parmi tous les grades (l’index à la fin avec les équivalents français ne m’aidait pas beaucoup) et j’ai dû garder mon Google Translate pas trop loin pour certains mots en allemand. Pour ce dernier reproche, je lui accorde que le contexte nous aide en général à bien comprendre mais j’avais envie d’avoir la prononciation. J’ai un faible pour la sonorité de l’allemand, que voulez-vous. Chacun ses faiblesses!

J’ai adoré la fin, que j’ai trouvée cohérente avec le récit et qui explique la signification du titre. J’ai l’impression de ne pas sorti indemne de cette lecture, les sentiments qu’elle a fait naître ne s’estomperont pas avant un moment…

Ma note: 7/10

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Fin de ronde – Stephen King

 

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Dans la chambre 217 du Service des Traumatismes Crâniens de la région des Grands Lacs, quelque chose vient de se réveiller. Quelque chose de Maléfique.
Brady Hartsfield, auteur du massacre à la Mercedes où huit personnes ont été tuées et bien plus gravement blessées, a passé cinq années dans un état végétatif à la Clinique des Lésions Cérébrales Traumatiques. Selon ses docteurs, il est très peu probable qu’il récupère complètement. Mais, derrière la bave et le regard vide, Brady est réveillé, et en possession de nouveaux pouvoirs mortels lui permettant de faire d’immenses dégâts sans avoir à quitter sa chambre.
Policier à la retraite, le détective Bill Hodges, héros improbable de Mr. Mercedes et Finders Keepers, gère maintenant une agence de détective privé avec sa partenaire Holly Gibney, auteure du coup à la tête d’Hartsfield qui le mena directement au quartier des lésions cérébrales. Brady s’en souvient également. Quand Bill et Holly sont appelés pour enquêter sur un meurtre-suicide lié au « Massacre à la Mercedes », ils se retrouvent plongés dans leur enquête la plus dangereuse. Une qui ne mettra pas seulement leurs vies en danger, mais aussi celles des amis de Hodges: Jerome Robinson et sa sœur adolescente, Barbara. Parce que Brady Hartsfield est de retour. Et il ne prépare pas de se venger uniquement de Bill Hodges et ses amis, mais aussi de la ville entière.

 

Connaissez-vous l’expression «a leopard can’t change its spots»? On ne peut changer qui nous sommes vraiment, que nos vrais couleurs se manifesteront quoique nous fassions. Et bien, cette fin de trilogie nous a montré notre Stephen King sous son vrai jour… Je m’explique. En entrevue pour la promotion de Mr Mercedes, le premier tome de cette trilogie, King mentionnait qu’il voulait faire un retour vers le roman policier. Pour ma part, j’ai trouvé que Mr Mercedes correspondait bien à ce genre. Le deuxième tome, Carnets noirs, distilait une vague aura de surnaturel, mais c’était très subtile. Alors que dans Fin de ronde, il ouvre les vannes, allons-y à pieds joints dans le surnaturel! Incapable de te contrôler Stephen? Tu as résisté deux fois et puis tu n’en pouvais plus? Bon, tu sais quoi?

J’AI ADORÉ!

Mettons les choses au point. King maîtrise les codes du roman noir. Hodges est un personnage classique des romans policiers, flic à la retraite ayant envie de remettre l’épaule à la roue. Le suspense nous tient, on tourne les pages avec fébrilité. Mais la grande force de cet auteur, c’est de nous faire peur. De nous faire perdre pied, que les limites de notre monde bien rangé et rassurant s’effacent pour nous laissé voir ce qu’il y a de l’autre côté. Je suis bien contente que King-auteur-de-romans-policiers ai laissé tomber son masque.

Sans être un grand cru de King, Fin de ronde est un livre qu’on dévore en un après-midi pluvieux (ce n’est pas ce qui manque dernièrement) et qu’on referme le coeur un peu triste de dire adieu aux personnages qui ont vécu trois romans avec nous.

Ma note: 8/10

Moriarty : Le chien des d’Urberville – Kim Newman

 

Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable, aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent et libertin. Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, défiant police et hors-la-loi. Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants, dont une certaine Irène Adler…

M’étant régalé d’Anno Dracula, je cherchais activement un autre livre de Kim Newman et je suis bien contente d’avoir découvert Moriarty. Les critiques sont mitigés, mais je fais partie de ceux qui ont été séduits par ce recueil de nouvelles. Par contre, j’étais outillé pour ce genre de lecture. Plus jeune, j’ai dévoré les histoires de Sherlock Homes, j’étais donc en terrain connu puisque Newman revisite les aventures classiques d’Homes en mettant en scène au premier plan James Moriarty et le colonel Moran. Une étude en rouge devient Un volume en vermillon, L’interprète grec devient L’invertébré grec, etc. Ces nouvelles sont donc un miroir des nouvelles de Arthur Conan Doyle, un miroir qui déforme l’histoire originale, en y incorporant humour noir et violence.

Certaines critiques déplorent l’absence de Sherlock Homes mais je trouve au contraire que son absence est justifié. On est du côté du  mal, à 100%. Avec le colonel Moran, notre narrateur,  on ne s’émeut pas du sort (tragique) de nos victimes, seule l’appât du gain et la recherche de sensations fortes nous motive. Ça fait du bien d’assumer pleinement le côté «méchant» du livre.

L’un des plus grand plaisir de cette lecture est de relever toutes les références plus ou moins camouflé dans le texte. Hergé, Arthur Conan Doyle (évidemment), Maurice Leblanc, Norbert Jacques et plus encore voient les personnages de leurs invention se faire inviter à faire un peu de figuration. On voit que l’auteur a de solides connaissances en littérature.  Parfois, ça devient lourd lorsque nous ne comprenons pas la référence mais c’est vraiment mon seul bémol.

Un mot sur la couverture. Magnifique selon moi. J’aime beaucoup l’effort que Bragelonne met dans ces collections. Si je débourse 45$ pour un livre, je m’attends à ce qu’il soit un bel objet. Dans ce cas-ci, le contenant était à la hauteur du contenu!

 

Ma note : 7/10

All Clear – Connie Willis

Comme des milliers de Londoniens, Polly, Michael et Merope se retrouvent pris sous les bombes ennemies qui s’abattent sans relâche sur la capitale britannique en ce mois de décembre 1940.Pour ces historiens du XXIe siècle venus étudier le Blitz, la nécessité de survivre a désormais pris le pas sur la recherche : il leur faut à tout prix découvrir le moyen de regagner leur époque. Mais leur marge de manœuvre est étroite, car chaque action peut modifier le cours de la guerre et réécrire l’histoire des siècles à venir…

Sitôt la dernière page de Black-out tournée,  je me suis jetée tête première dans la lecture de All Clear, pressée de continuer de suivre les aventures de Polly, Merope et Michael. Si vous avez lu mon article sur Black-out, vous devinerez sans mal que j’avais de grandes attentes face à sa suite et conclusion. Et je peux vous dire qu’elles ont été comblées au-delà de mes espérances. Ce fût une lecture fébrile, où je tournais chaque page avec frénésie, curieuse de connaître la prochaine épreuve que nos valeureux historiens allaient affronter.

Dans ce deuxième et dernier tome, on parle beaucoup de continuum, théorie du chaos, espace-temps et je trouve que c’est une prouesse de la part de Connie Willis d’intégrer des théories aussi complexes sans perturber la fluidité du récit. On comprend mieux, enfin, comment les voyages temporels fonctionnent. De plus, on prend plus de temps pour connaître les personnages secondaires et inévitablement, on s’attache. Sir Godfrey, les Hodbin et Talbot ne sont que quelques noms qui m’ont marqué.

Comme dans le premier tome, le travail de recherche titanesque livré par l’auteure nous donne un Blitz plus vrai que nature. Je ne connaissais pas énormément cet événement et j’ai surtout été frappé par le travail incroyable que les Anglaises ont réalisé. Les hommes partis au front, elles n’ont pas eu le choix de devenir ambulancières, briseuse de codes secrets, agents de liaisons et autres pour participer à l’effort de guerre. Ça illustre une autre force du récit; additionné plein de petits instantanés du quotidien pour créer une grande fresque historique.

L’ambiance de All Clear est beaucoup plus oppressante que dans Black out, on ressent bien l’angoisse des protagonistes qui craignent, de part leur actions, de changer l’Histoire à jamais. La Luftwaffe bombarde toujours Londres, mais les Alliés s’organisent et même la plus insignifiante action peut permettre à Hitler de gagner. Et contrairement à leurs contemporains de 1940, nos historiens connaissent toutes les atrocités perpétrées par les nazis derrière les porte closes des camps et ils savent que perdre la guerre changerait irrémédiablement le visage de l’humanité. Cette arrière-pensée nous suit tout le long de notre lecture, distillant son poison anxiogène. En conséquence, il nous est impossible de lâcher ce livre avant la fin. Pour ma part, j’ai terminé les 500 dernières pages en deux jours tellement je voulais connaître la conclusion. Et quelle conclusion magistrale. Sans rien vous révéler, je veux seulement vous dire qu’en terminant j’ai été enseveli sous une vague d’émotions. La plus présente est la déception de devoir lâcher un livre aussi passionnant. C’est une très bonne histoire, du genre qu’on garde en tête de nombreux jours après l’avoir terminé. Je termine sur cette citation qui, je trouve, résume bien l’esprit du roman et le talent de l’auteur pour nous bouleverser.

«Faire quelque chose pour une personne ou une chose aimée, l’Angleterre, Shakespeare, un chien, la justice, les Hodbin, l’Histoire…ce n’était pas du tout un sacrifice. Même si ça vous coûtait la vie, votre liberté, votre jeunesse.»

Ma note: 8.5/10

Black-out – Connie Willis

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Une très bonne amie (et accessoirement libraire d’expérience) m’avait conseillé Black-out il y a longtemps et je me suis enfin lancée. Je vous en parle alors que je commence à l’instant All Clear, la deuxième moitié de ce diptyque. Donc, si je commence la suite, c’est que j’ai aimé Black-out non? Enfin, je n’avais pas le choix, car la fin de Black-out…ouf…impossible de faire une pause, on veut savoir la suite IMMÉDIATEMENT! Donc oui, ce livre est un coup de cœur, mais certainement pas un coup de foudre.

Quand je commence un livre, j’ai une règle que je respecte presque toujours: je lui donne 100 pages pour me séduire. C’est long? Je m’ennuie? On passe à  un autre appel. La vie est trop courte pour lire un livre ennuyant. Donc, avec Black-out, après avoir dépasser la centième page, je n’y croyais plus. Je n’arrivais pas à m’immerger dans cette histoire d’historiens qui vont visiter le passé. Parce que le début est volontairement nébuleux. On ne nous explique pas la mécanique du voyage temporel, on ne les voit que courir d’un département à l’autre, se préparant pour leurs missions respectives. Alors 100 pages de «où est la jupe noire de mon déguisement?», «mais pourquoi ma mission a été déplacé?», «je n’arriverai jamais à tout mémoriser à temps!» m’ont profondément agacé. J’avais une impression de confusion et j’étais proche d’abandonner. Heureusement qu’on m’a convaincu de persévérer.

En effet, dès que nos protagonistes commencent leurs voyages temporels, l’action débloque enfin et la lecture devient fluide et facile.  Chacun des personnages se trouve à une période différente de la Seconde Guerre mondiale afin de l’étudier et le roman présente leurs aventures en alternance. Je me suis rapidement attachée à Polly, Merope et Michael, bien sûr, mais également à toutes les personnes qu’ils rencontre, des Londoniens flegmatiques subissant le Blitz aux courageux pêcheurs traversant la Manche pour sauver les soldats coincés à Dunkerque. Le réalisme des descriptions y est pour beaucoup. L’auteure a le talent de faire revivre l’Angleterre de ces années sombres dans ses moindres détails. Et bien malgré nous, on s’inquiète pour tous ces gens aux destins déjà fixés. On se fascine pour ces «gens ordinaires» qui ont affronté la guerre, jour après jour.

Une autre chose qui rend la lecture si intéressante, c’est que nos historiens viennent de l’année 2060. Entre leur présent et le notre, il s’est déroulé beaucoup d’événements qui sont parfois mentionnés, mais jamais expliqué en profondeur. On comprend que leur réalité est différente de la notre et que des événements d’actualités l’ont bouleversée. J’ai hâte de tout comprendre.

Le commentaire précédent met en relief la plus importante réalité d’un diptyque; Black-out, aussi intéressant soit-il, ne se tient pas tout seul. Il a besoin de sa suite pour que le plein potentiel de l’histoire soit révélé. Il faut garder cela en tête lorsque à certains moment la frustration de ne pas avoir en sa possession toute les clés du récit menace de nous submerger.

Ce roman, passé le début laborieux, est un véritable page-turner. Ici, le suspense est insidieux, plus on tourne les pages, plus on se questionne sur les rouages du voyage dans le passé et ses conséquences. Black-out laisse de nombreuses questions en suspens…auxquelles, je l’espère, All Clear va répondre! Je vous reviens avec dès que je le termine!

Ma note: 8/10

 

 

Indian Creek: un hiver au coeur des Rocheuses – Pete Fromm

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Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important je me lançai :
– Heu… C’est quoi, une corde de bois?
Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au cœur des montagnes Rocheuses, et dont il nous livre ici un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages.

Indian Creek est un captivant récit d’aventures et d’apprentissage, un Walden des temps modernes. Ce classique contemporain a établi Pete Fromm comme une des grandes voix de l’Ouest.

Ahhh le nature-writing américain. Ce genre de roman qui nous font sentir si insignifiant dans notre frénésie de consommation. J’aime beaucoup lire un livre qui m’expose à des modes de vie différents du mien. Et vraiment, l’hiver que va vivre Pete Fromm dans ce récit autobiographique est à des kilomètres de ma petite vie confortable en banlieue, où les rigueurs de l’hiver se résument à pelleter mon entrée de garage et déneiger ma voiture. Mais Pete n’est pas un grand aventurier courageux. Il ne connait rien aux techniques de survie, ne sait pas quoi emporter pour son long séjour, n’a jamais cuisiner, bref, il est un peu comme la majorité d’entre nous. C’est vraiment ce qui l’a rendu attachant à mes yeux. On suit sa progression, ses apprentissages, ses erreurs avec toujours une petite inquiétude: mais comment il fait pour survivre!? Il y arrive pourtant, et il nous relate ses expériences avec candeur et humour.

On a froid quand on lit Indian Creek. On est ébloui par les paysages majestueux. La montagne est un personnage en soi, un personnage impitoyable dont les humeurs dicte les actions de notre protagoniste.  On sent la nature si proche, si vivante et dangereuse. On ne se rend plus compte, engourdi par le confort de la vie moderne, à quel point l’Homme est une toute petite chose fragile qui n’a que son intelligence pour survivre. Point de fourrure ou de griffes, il nous faut de la débrouillardise pour manger et se garder au chaud. Et voir Pete évoluer de citadin esseulé à homme des bois intrépide est un vrai régal.

Les Éditions Gallmeister nous présente ici un roman qui se lit d’une traite, et on est presque déçu quand le printemps pointe le bout de son nez. On referme ce livre en ayant envie de sortie de notre zone de confort et partir à l’aventure!

Ma note: 7.5/10

Le bazar des mauvais rêves – Stephen King

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Un recueil de nouvelles auscultant les paradoxes de l’Amérique et abordant des thèmes tels que les souffrances individuelles et collectives, la vieillesse et la mort, la culpabilité, etc.

Autant vous avertir tout de suite, j’ai une GROSSE faiblesse pour Stephen King. Depuis presque 15 ans, il caracole en tête de mes auteurs préférés, donc c’est toujours avec un grand plaisir que je me plonge dans sa dernière parution.

Tout d’abord, Le Bazar des mauvais rêves est un recueil de nouvelles quasi toutes exclusives (pour ma part je n’avais lu que Sale gosse, sortie en exclusivité en France et en Allemagne, en format numérique seulement). Chaque nouvelle est précédée d’une courte présentation de King, et franchement, juste pour cela, ça vaut la peine de le lire. Il a une façon de nous parlé comme si nous étions un vieil ami, et qu’il avait envie de s’épancher sur le travail d’écriture, ses inspirations et les auteurs qui l’ont marqués. Fidèle Lecteur, qu’il nous appelle. On se sent privilégié de connaître l’origine de ces textes.

Les nouvelles maintenant. D’entrée de jeu, je vous dirais qu’on sent que Stephen King s’est fait plaisir. Non seulement on retrouve plusieurs thème qui lui sont chers, mais, en outre, il y a des nouvelles de plusieurs styles différents, on sort un peu du style de ses romans. Il y a donc des textes plus dramatiques et plus ancrés dans la réalité. Il y a même des poèmes! Évidement, dans un recueil d’une tel ampleur (20 nouvelles), il y a une certaine inégalité, mais comme elle sont pour la plupart plutôt courtes, on passe rapidement à la suivante.

Mes préférés du lot? Sans aucun doute Le Tonnerre en été, dans la même veine que Le Fléau, À la dure, avec une chute des plus surprenante, Herman Wook est en vie pour sa fin tellement forte et Mile 81 où l’enfance et les voitures démoniaques sont encore à l’honneur (Christine, Roadmaster).

Au final c’est une lecture agréable, qui nous permet de patienter avant son prochain roman!

Ma note: 8/10 ♡